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Romain Slitine : « il faut passer d'une démocratie de la délégation, à une démocratie de l'action »

INNOVATION SOCIALE Interview

Si l’année 2017 est riche en rendez-vous électoraux en France, c’est aussi l’occasion de se pencher sur de nouvelles formes de la vie de la démocratie : les civic techs. Hors de la politique partisane, elles visent à réconcilier le citoyen avec la politique – au sens le plus noble du terme. Romain Slitine, auteur du livre « Le Coup d’état citoyen », nous explique ce mouvement.

 

L’innovation technologique porte d’habitude sur la réponse à des besoins concrets. Qu’est-ce que les civic techs et à quelles enjeux répondent-elles ?

La notion de civic tech est une notion relativement nouvelle pour désigner les initiatives qui utilisent les technologies numériques au service d’une amélioration de notre démocratie.

Il y a une vraie effervescence des civic techs  ces dernières années et un intérêt des médias et des citoyens. On les met souvent dans le même sac alors qu’en réalité il y a une grande diversité. Chacune tente de répondre à une insuffisance de la politique telle qu’elle fonctionne aujourd’hui.

Certaines cherchent à mieux informer les citoyens sur la vie politique et mieux décider. C’est le cas de Voxe.org par exemple qui propose un comparateur collaboratif des programmes des candidats aux élections. Le Drenche, nouveau journal en ligne, propose systématiquement deux tribunes sur chaque sujet d’actualité : le pour et le contre pour les aider à se faire une opinion éclairée.

D’autres permettent d’organiser des mobilisations d’ampleur pour constituer une forme de « contre-lobby citoyen ». Le numérique peut permettre d’offrir une « caisse de résonance » aux actions protestataires. Les plateformes de pétitions comme Avaaz, WeSignIt ou Change.org permettre aux citoyens de mieux faire entendre leur voix.

Il y a également des civic techs qui permettent de favoriser davantage de transparence dans notre démocratie comme NosDéputés.fr qui permet de décrypter de manière fine l’activité des parlementaires ou Questionnez-vos-élus qui offre aux citoyens la possibilité d’interroger directement leurs représentants et de partager les réponses avec l’ensemble de la communauté.

Enfin, il y a des plateformes qui permettent de co-construire les lois avec les élus. Elles ouvrent de nouveaux espaces de collaborations entre élus et citoyens à l’image de Parlement et Citoyens ou DemocracyOS.

 

Les Civic Techs sont-elles nées de l’approche des élections ou d’un mouvement profond de la société ?

Les civic techs sont impulsées par des acteurs qui portent un regard sur la crise de notre démocratie. En particulier, ils ont souvent une volonté de dépasser la démocratie représentative telle qu’on la connaît.

Les citoyens n’acceptent plus de ne pas participer aux décisions. Comme le disait Ghandhi : « ce que tu fais pour moi, sans moi, tu le fais contre moi.« 

Les civic techs cherchent à innover au sein de ce système qui paraît verrouillé de toutes parts et hermétiques aux évolutions de notre société.

Donc elles ne sont pas liées aux élections. Bien au contraire : trop souvent, notre citoyenneté se réduit à voter tous les 5 ou 6 ans pour des représentants. Entre deux élections, nous avons bien peu de pouvoir pour influer sur les décisions publiques. Les civic techs permettent d’aider chacun d’entre nous à exercer notre citoyenneté tout au long de notre vie.

En tant qu’auteur du livre « Le Coup d’Etat citoyen » et membre actif de Démocratie Ouverte, quel avenir entrevoyez-vous pour les Civic Tech ?

Je pense que les civic techs vont devenir centrales dans le renouveau de nos démocraties. Mais pour faire vivre une démocratie, cela ne peut pas se réduire à une question d’outils, les plus performants soient-ils. L’avenir est à une combinaison des solutions proposées par les civic techs avec l’invention de nouveaux espaces de démocratie qui reposent sur la discussion entre des citoyens mobilisés pour répondre à des questions politiques. Il est intéressant de voir par exemple ce que font des mairies comme Madrid ou Barcelone qui combinent une plateforme collaborative pour recueillir l’avis des citoyens avec des espaces de discussions et de délibérations propres.

Par ailleurs, il faut noter que les les civic techs peuvent être plus ou moins force de transformation. Selon moi, au-delà de l’innovation technologique, les civic tech doivent porter une ambition de transition démocratique et politique forte. Sinon, elles risquent de devenir de simples « gadgets » au service des institutions sans réussir à les transformer de l’intérieur. Tout l’enjeu dans les prochaines années est là.

 

Quel avenir serait souhaitable pour la démocratie ?

Notre démocratie est prise en étau entre des aspirations à plus d’autoritarisme et une forme d’indifférence générale pour la chose publiques. La seule solution, pour éviter ces deux risques, c’est d’accélérer la transition démocratique. Aujourd’hui, avec le mouvement des civic techs, et plus globalement des innovateurs démocratiques, cela est possible à condition que les citoyens s’en emparent massivement.

Plus globalement, il faut passer d’une démocratie de la délégation, à une démocratie de l’action. Et ne pas oublier la question de la démocratie en entreprise. Il y a un continuum entre démocratie politique et démocratie économique. Et ici, la place et le rôle de l’économie sociale et solidaire sont fondamentaux.

 

Pour aller plus loin :

http://civictechno.fr

https://twitter.com/romainslitine

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