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Congés solidaires : une aventure humaine au service de la solidarité internationale

SOLIDARITÉ Interview

8 102. C’est le nombre de volontaires partis en Congé Solidaire entre 2000 et 2017. La moitié d’entre eux ont bénéficié du soutien de leur employeur. C’est notamment le cas de Magali et Aline, deux salariées du Groupe Crédit Coopératif, fraîchement revenues du Zimbabwe. Pour Agir & Co, elles ont accepté de raconter cette expérience enrichissante, au service des populations autonomes et de la biodiversité.

Le Congé Solidaire permet à des salariés d’agir à la demande d’une structure locale (associations, groupements de femmes, d’artisans, coopératives, réseaux éducatifs, partenaires scientifiques) dans le cadre d’une mission de courte durée (de 2 à 4 semaines). A l’origine de la démarche ? L’organisme Planète Urgence qui organise ces missions et fut lauréat des Prix de l’initiative en économie sociale de la Fondation Crédit Coopératif en 2002. Celle-ci subventionne d’ailleurs chaque année 10 départs en missions de salarié(e)s de la banque. « Le soutien aux Congés solidaires est une façon de répondre au désir d’engagement de collaborateurs pour des projets qui font sens avec notre action et qui impliquent des coopératives et associations locales, explique-t-elle. 13 ans et 60 missions plus tard, l’enrichissement, les déclics et les prises de recul manifestés par les salariés à leur retour nous invitent à poursuivre ce partenariat inspirant. » En 2017, Aline et Magali ont ainsi pu partir pendant deux semaines au Zimbabwe pour une mission de conservation de la faune des parcs nationaux de Hwange et Zambezi. Témoignages.

 

Pourquoi avoir choisi le congé solidaire ?

Magali : je souhaitais passer des vacances plus utiles, leur donner un sens. Etant sensible aux problématiques environnementales mon choix s’est porté sur une mission de biodiversité.

Aline : cela faisait presque 8 ans que je voulais le faire mais j’avais peur de partir en mission seule. Lorsque Magali m’a dit qu’elle envisageait de partir avec Planète Urgence, j’ai sauté sur l’occasion. Comme elle, j’avais envie de donner plus d’utilité à une partie de mes congés.

 

Quelles ont été les démarches pour vous inscrire ?

Il a fallu d’abord se rendre sur le site de Planète Urgence et repérer 3 projets parmi des missions de biodiversité, de soutien scolaire ou de formation aux adultes. Ensuite, nous avons fait une demande de subvention auprès de la Fondation Crédit Coopératif. Après avoir reçu l’accord, il nous restait à postuler sur le site de Planète Urgence. Cela peut paraître fastidieux comme cela mais le processus de candidature est  très rapide : nous avons postulé auprès de la Fondation  le 10 janvier et avons eu la confirmation de notre départ en mission par Planète Urgence le 7 février !

 

Quelle est l’association qui vous a accueillies ?

Nous avons choisi une mission dans un pays atypique : le Zimbabwe. Il s’agit d’un pays qui souffre d’une mauvaise réputation, en grande partie à cause de Robert Mugabe, son « Président » depuis 1987. Sous l’époque coloniale britannique (Rhodésie du Sud), le tourisme (safari « photos » et « chasse ») était presque aussi développé qu’au Botswana. Malheureusement, certains choix politiques, entre le départ des britanniques en 1965 et aujourd’hui, comme la transformation d’une partie des parcs nationaux en fermes ou mines a détruit de la biodiversité locale. Initialement dédiée à la protection des Rhinocéros, l’association Bhejane Trust qui nous a accueillies pendant 15 jours, a désormais un champ d’action plus large : soutien logistique au parc Hwange (entretien des véhicules, fuel, transport), gestion et maintenance de points d’eau alimentés en partie par des pompes à énergie solaire (12 à Hwange, 5 à Zambezi), gestion des subventions extérieures pour les projets du parc Hwange, monitoring dans les parcs Zambezi et Hwange. Depuis 2013,l’association reçoit entre 4 et 6 volontaires pendant 15 jours tous les mois, d’avril à octobre.

 

« On prend conscience qu’il suffit de quelques semaines à l’homme pour détruire son environnement alors qu’il faudra des années d’efforts pour que la flore et la faune reviennent. »

 

Que retenez-vous de cette expérience ?

Aline : C’est une expérience inoubliable. Elle permet de se surpasser, de sortir de son confort habituel et de prendre du recul, de relativiser. J’ai beaucoup appris grâce à Stephen  [ndlr : l’un des fondateurs de l’association] qui a su nous faire part de sa passion et de sa dévotion pour les animaux et plus globalement pour son pays. Même si nos missions peuvent, pour certains, sembler futiles, mises bout à bout les données récoltées permettent depuis de nombreuses années à ces 2 parcs d’attester de la présence des espèces et ainsi essayer d’empêcher la construction de nouvelles mines et faire progressivement revenir les touristes. Les emplois créés par le tourisme, permettent à la population locale de prendre conscience de la richesse environnementale et de la nécessité de la protéger : « no wildlife = no tourist = no job = no future ».

Magali : au-delà de l’expérience extraordinaire que nous avons vécue, il s’agit avant tout d’une expérience humaine très enrichissante. De manière très concrète, on prend conscience qu’il suffit de quelques semaines à l’homme pour détruire son environnement alors qu’il faudra des années d’efforts pour que la flore et la faune reviennent. Nous avons eu la chance d’être accueillis par des gens passionnés et qui ont su ouvrir les portes de leur quotidien et nous faire partager un peu de leur expérience.

 

 

Le journal de bord de Magali et Aline

Nous étions 6 volontaires venant d’entreprises différentes. Rendez-vous le 6 mai à l’aéroport de Victoria Falls, où nous nous sommes retrouvés. Nous avons ensuite fait la connaissance de Stephen l’un des fondateurs de Bhejane Trust et de sa femme Sue avec qui nous allions partager ce périple de 15 jours.

  • Chamabonda Camp dans le Zambezi National Park (5 jours)

Nous établissons le camp devant le point d’eau (montage des tentes). Nous avons de la chance, contrairement à ce qui nous avait été dit lors de la formation, il y a un bloc sanitaire qui nous permettra de prendre des douches (peu de pression, eau froide). Il n’y a pas d’électricité sur le camp, nous vivons au rythme du soleil qui se lève à 6h et se couche à 18h à cette période. Les nuits sont fraiches (5°) et humides mais nous nous réchauffons autour du feu. Le diner, le thé et le café ainsi que les toasts du petit-déjeuner sont faits grâce au feu.

D’abord nous avons entretenu le bloc sanitaire et le point d’observation (peinture des murs, portes, escalier, bancs, rambardes). Surtout, nous avons fait un important travail de recensement des animaux grâce au monitoring : il s’agissait de  comptabiliser tous les mammifères présents sur des circuits prédéfinis (identiques d’une mission à l’autre) en précisant le sexe, s’ils sont adultes ou non, la distance, l’orientation et les coordonnées GPS  afin que l’association en partenariat avec l’université d’Harare puissent établir des données annuelles et étudier l’évolution des populations animales du parc.

Dans ce parc nous avons d’ailleurs pu observer : des éléphants, des phacochères, des impalas, quelques zèbres et girafes, des babouins et … un lion. La nuit les hyènes nous rendaient visite sur le camp et reniflaient nos tentes avant d’aller barboter dans le point d’eau (nous n’avons jamais pu les observer !).

  • Etape 2 : Sinamatella Camp dans Hwange National Park (10 jours)

Après un ravitaillement à Victoria Falls, nous avons pris la direction de Hwange National Park. Nous logeons chez Nick, le fils de Sue et Stephen, qui travaille également pour l’association. Nous retrouvons un toit, un lit, l’électricité, une douche chaude (eau chauffée par nos soins au feu de bois) avec de la pression ! Le luxe !

A nouveau, un important travail de comptage a été fait à Masuma Camp (c’est reparti pour une nuit en tente et diner au feu de bois). Nous avons fait des tours de garde afin de recenser tous les animaux venant boire au point d’eau sur 24H en précisant : sexe, adulte ou non, nombre. Puis nous avons participé au Global Big Day 2017 organisé par l’Université de Cornell (Etats-Unis) : il a alors fallu compter les 4 espèces d’oiseaux les plus communes autour de notre camp puis des différentes espèces présentes à Mandavu Dam (réservoir d’eau naturel). Comme nous recensions aussi les mammifères, nous avons pu observer des Kudus, Waterbucks, Bushbucks, crocodiles, hippopotames, vervet monkeys, buffles, dassis, mangoustes, une hyène et un lion.

Nous avons aussi travaillé à l’entretien d’une pompe à eau à énergie solaire, installé des panneaux « donateurs » au niveau des pompes, fabriqué une borne de direction en ciment et pierre.

Nous avons terminé notre séjour par une journée libre à Victoria Falls où nous avons pu voir les magnifiques Chutes Victoria avant de nous envoler pour Paris !

 

Pour aller plus loin 

Le Congé Solidaire de Planète Urgence

La Fondation Crédit Coopératif

Pour mettre en place le Congé Solidaire

 

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