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Crise du logement : le rachat d’hôtels en questions

SOLIDARITÉ Interview

L’information avait fait grand bruit en mars dernier. La Caisse des dépôts, via sa filiale de la SNI, s’était offert 62 hôtels Formule 1 appartenant au groupe Accor. En région parisienne, ce sont 18 établissements et 1800 places d’hébergements qui ont ainsi été captées par la structure publique. Une solution parmi d’autres à la crise du logement, qu’Eric Pliez, président du Samu Social de Paris, qui aiguille de nombreuses familles vers ces établissements, aimerait, sous certaines conditions, voir largement étendue. Rencontre.

 

Dans quel contexte a été réalisée cette acquisition ?

Le Samu Social n’est pas directement partie prenante dans cette opération mais nous encourageons ce  type d’action depuis plusieurs années, auprès du ministère du logement. L’hébergement en hôtel, sur le marché privé, n’est pas une solution de long terme. Ce sont des contraintes pesantes pour les familles qui ne disposent pas de cuisines par exemple, manquent cruellement de place et sont souvent éloignées de leur lieu de travail. Le rachat de ces structures doit permettre de les réhabiliter et d’y créer de meilleures conditions de vie et d’accompagnement pour les familles. Ce rachat est donc très positif à nos yeux, même si l’impact demeure mesuré par rapport aux besoins.

 

Que peut-on en attendre ?

L’hébergement en hôtel est très coûteux en temps normal, de l’ordre de 18 euros par personne et par jour. A titre de comparaison, l’accueil dans une structure spécialisée revient à cinq euros par individu. Avec ce système, nous pouvons améliorer le suivi social des familles et faire mieux que de la simple mise à l’abri. Il est encore trop tôt pour tirer les premières conclusions de l’expérience mais j’espère que nous irons dans cette direction.

 

Quels sont les changements au niveau fonctionnel ?

Nous ne traitons plus avec les hôteliers mais avec des opérateurs ayant délégation de l’État et nous sommes en mesure d’assurer un certain niveau d’accueil, d’avoir une vision plus réaliste de la qualité des prestations et de maîtriser l’environnement. C’est aussi bénéfique pour l’État qui a un interlocuteur fiable et paye les chambres au bon prix, avec en plus la garantie d’un véritable suivi, ce qui n’était absolument pas le cas jusqu’ici.

Ce système peut-il être étendu ?

C’est souhaitable. Nous avons 40 000 personnes à loger chaque nuit, rien que pour l’Ile-de-France. Ce sont 800 à 900 hôtels de ce type qui sont occupés par des sans domicile, tous les soirs. Les 18 établissements que la SNI vient de reprendre sont donc une goutte d’eau dans l’océan. Mais c’est une question délicate politiquement. Alors que certains hôtels sont majoritairement occupés par ces populations, des élus des municipalités concernées craignent la réaction des électeurs s’ils devenaient officiellement des hôtels sociaux via un rachat par une officine publique. Il y a un gros travail pédagogique à faire.

 

Quelles sont les autres solutions envisageables face à une crise du logement qui semble s’installer ?

Le rachat d’hôtels n’est qu’un moyen parmi d’autres de sortir les gens de la rue. Il y a de nombreuses pistes complémentaires à explorer. Cela peut passer par la location défiscalisée. Des milliers de logements sont déjà concernés. Les familles ont un accès prioritaire à ce type d’habitat. Elles payent une part réduite d’un loyer modéré, équivalent à 25% des ressources du foyer. Il faut aussi multiplier les lieux d’hébergement classiques, comme celui installé depuis peu dans le Bois de Boulogne. Et puis il faut construire davantage évidemment et transformer aussi des bâtiments existants.

 

Pour en savoir plus

Samu Social de Paris

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