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L’Economie Sociale et Solidaire à la fac, comment ça marche ?

SOCIÉTÉ Interview

L’offre de formations en ESS s’est fortement développée dans l’enseignement supérieur ces dernières années, dans les universités ou les écoles de commerce. On peut y voir aussi bien l’effet de la recherche de sens au travail d’une génération qui se tourne vers l’entrepreneuriat social que le pragmatisme à orienter vers les entreprises de l’ESS, bénéficiant d’un fort niveau de recrutement dans les années à venir. Michel Abhervé, enseignant à Paris Est Marne-la-Vallée et consultant formateur sur les questions d’ESS, a accepté de nous présenter l’offre pédagogique dédiée à l’économie sociale et solidaire.

 

Comment est composée l’offre pédagogique dédiée à l’ESS en France ? Quels sont les « pôles universitaires » ESS les plus importants ?

Cela peut paraître surprenant, mais il n’y a pas de stratégie de construction de cette offre. Il n’y a pas un plan qui a dit « à tel endroit il y a tel ou tel besoin ». En réalité, il y a des initiatives multiples de différents universitaires intéressés par le sujet. Elles rencontrent selon des modalités très différentes des structures de l’ESS : soit parce qu’elles ont des besoins de formation de leurs professionnels, soit parce que les universités qui font les formations ont besoin de lieux pour accueillir les étudiants (en stage notamment). Par ailleurs, les universitaires qui sont intéressés par ce sujet sont souvent des « militants » de l’ESS.

La carte des formations tend à couvrir l’ensemble de la France, avec relativement peu de trous. En revanche, selon les universités, on trouve différentes organisations universitaires. Dans certaines universités, l’initiative vient du département de Droit, et parfois d’Eco-gestion, de la Sociologie. Il peut même y avoir plusieurs initiatives indépendantes sur un même territoire : en Auvergne, une formation dépend du département de Communication et une dépend de celui de l’Aménagement du territoire. L’exemple de Rennes 1 et Rennes 2 est assez similaire, même si malgré l’absence de fusion des deux Universités il y a un rapprochement et des initiatives conjointes.

Les formations ont des spécificités mais il y a n’y a pas de région métropolitaine dans laquelle il n’y ait pas de formation ESS. On retrouve cependant deux pôles historiques :

  • un dans l’économie sociale classique : Le Mans et son pôle mutualiste
  • un pôle émergent autour de l’économie solidaire : à Valenciennes.

Elle existe aussi des pôles de référence sur certains secteurs : la monnaie locale à Lyon ; insertion par l’activité économique avec Marne-La-Vallée et Nancy ; économie solidaire à Valenciennes ou Toulouse….Il faut regarder dans chaque formation le domaine de recherche des enseignants

Globalement on constate une forte adéquation ou imprégnation locale. Quand l’université de Poitiers a sa formation Manager des Organisations ESS, elle le fait en partenariat avec la Chambre Régionale de l’ESS de Poitou-Charentes. Et il y a ainsi une relation de proximité entre les étudiants et les anciens étudiants dont certains  travaillant désormais à la Chambre Régionale.

Au niveau international maintenant, on trouve dans de nombreux pays une offre de recherche. Il y a assez souvent des rencontres internationales avec des chercheurs confrontant différents points de vue sur l’ESS. C’est vrai en Espagne, au Portugal, au Québec, en Belgique, au Maroc  mais on a aussi des chercheurs qui s’intéressent au sujet de manière assez isolée dans leur pays : le Japon notamment. Il y a une vraie existence internationale de la thématique. Mais selon les pays, cela ne prend pas forcément le même nom.

 

Constatez-vous une hausse de la demande d’inscriptions pour ces parcours de formation ? Si oui, pourquoi selon vous ?

Il y a en effet une hausse malheureusement non quantifiable ou mesurable pour le moment.

D’abord on constate qu’il y a plus d’étudiants, donc plus de demandes. Personnellement, je pense qu’il y a plus d’intérêt pour un domaine dont on parle de plus en plus, notamment du fait de la création d’un ministère de l’ESS, et  de la première loi ESS.

 

Dans ces formations, les parcours sont-ils peu ou très professionnalisants ?

Les offres sont différentes selon le niveau. La licence pro Bac +3 concerne beaucoup d’étudiants qui proviennent de BTS et elle est très professionnalisante. En général, elle ne doit pas déboucher sur une poursuite d’études.

Au niveau master en revanche, il y a aujourd’hui pratiquement « gommage » du lien entre les parcours professionalisants et les parcours « recherche », avec la volonté que tous aient une découverte du monde professionnel et que tous aient une sensibilisation à la recherche. On est désormais davantage sur des masters indifférenciés. La professionnalisation passe parfois par l’alternance, dont l’apprentissage en progression,  mais la dominante reste le stage.

 

Y a-t-il des secteurs au sein de l’ESS qui embauchent plus que d’autres actuellement ?

Les grands volumes d’embauches de l’ESS ne sont pas issus de l’enseignement supérieur : hôpitaux, aides à domicile / Mais il y a aussi une progression de l’embauche de cadres, de chargés de missions, d’études, de projets… Il ne faut pas avoir une vision d’entrée de la formation en ESS qui se résumerait à l’enseignement supérieur.

 

Quel conseil en orientation donneriez-vous à un lycéen qui souhaite travailler dans l’ESS ?

Qu’il fasse du militantisme associatif, mutualiste ou coopératif, car l’économie sociale n’existe pas s’il n’y a pas de militants. L’économie sociale ne peut pas se résumer à « je cherche un travail ». Un certain nombre de cadres sont passés par les réseaux militants étudiants. Qu’il ne se contente pas de faire des bonnes études, qu’il s’investisse aussi dans la diversité du fonctionnement des syndicats étudiants et /ou des associations présentes dans les Universités et agissant dans les facs mais aussi à l’extérieur. Si je suis recruteur dans l’ESS je suis au moins aussi sensible au contenu de ses études qu’à son engagement dans la société. S’il n’est pas acteur soit dans une université, soit dans une association, une coopérative, une mutuelle, il aura moins  d’opportunités à la fin. L’ESS est particulièrement sensible aux parcours de vie.

 

 

Pour aller plus loin :

Le blog de Michel Abhervé

La CPU lance le premier guide Université et Economie Sociale et Solidaire en partenariat avec le Crédit Coopératif (2015)

L’offre du Crédit Coopératif pour les acteurs de l’enseignement supérieur

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