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L’utile et l’agréable

ÉCONOMIE Interview

Un job dans l’associatif ou l’économie sociale et solidaire (ESS), certains en vivent, beaucoup en rêvent. Fantasme absolu des quarantenaires désenchanté(e)s et des jeunes diplômé(e)s en quête d’emplois sensés, le secteur suscite bien des convoitises. Frédérique Pfrunder, déléguée générale du Mouvement associatif et Jean-Philippe Teboul, directeur associé du cabinet de recrutement Orientation durable, livrent leurs expertises et conseils avisés aux potentiel(le)s candidat(e)s parmi vous.

 

Comment se portent l’emploi associatif et l’emploi dans l’ESS en 2017 en France et quelles sont les perspectives de développement de ces deux secteurs ?

Frédérique Pfrunder : Après une forte croissance entre 2000 et 2010, suivi d’une période de recul puis de stabilité, entre 2011 et 2014, l’emploi associatif connaît une légère reprise. Il a globalement mieux résisté à la crise que le secteur privé lucratif. Mais cela recouvre bien sûr des réalités diverses selon les domaines d’activité. L’hébergement médico-social ou les activités récréatives et de loisirs connaissent par exemple une évolution positive ces trois dernières années, alors que le tourisme, la culture ou l’aide à domicile sont soumis à plus d’aléas.

Jean-Philippe Teboul : Nous remarquons également une grande disparité de situations économiques entre les différentes familles qui composent l’ESS. C’est la raison pour laquelle nous déconseillons au candidat(e)s d’envisager les perspectives économiques de façon globale. Il est préférable de se renseigner spécifiquement sur le ou les domaines qui sont susceptibles de les intéresser. Toutes les données sont disponibles en ligne. On peut par exemple regarder pour chaque famille d’acteurs (insertion, environnement…)  le nombre d’offres sur les sites dédiés.

 

Quel est le profil type du (de la) travailleur(se) dans l’associatif ou l’ESS ?

F.P. : D’abord, il s’agit, la plupart du temps, d’une travailleuse. Près de 70% des salarié(e)s sont des femmes. Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils exercent majoritairement dans de grosses structures : plus d’un(e) sur deux sont employé(e)s par des associations de plus de 50 salarié(e)s, bien que la majorité des associations employeuses (55%) ne compte qu’un à deux salarié(e)s. Les salarié(e)s associatifs sont globalement plus diplômé(e)s que la moyenne, 42% d’entre eux ayant un niveau bac+2 ou plus. Quant aux métiers exercés, ils sont aussi variés que les activités portées par les associations : métiers de la solidarité et du « care » bien sûr, mais aussi chargés de projet, métiers administratifs, comptables, ingénieurs environnement, professeurs de musique ou de sport…

J-P. T. : De notre coté, en tant que cabinet de recrutement dédié, nous pouvons clairement identifier deux groupes, avec une infinité de situations particulières et quelques points communs.

Les jeunes, plus ou moins diplômé(e)s, représentent le premier groupe. Leur vocation est ancienne. Ils se sont souvent formé(e)s via le bénévolat au cours de leurs études et ont parfois choisi des formations (coopération développement, formations sociales ou master « RSE » (Responsabilité sociétale des entreprises) ou des spécialisations de dernière année dans l’ESS.

Les cadres, en début ou milieu de carrière, représentent le second groupe. Ils ont entre 7 et 15 ans d’expérience et ont le sentiment d’avoir épuisé la dimension technique de leur carrière. Ils cherchent une nouvelle source de motivation. Dans ce cas précis, le sens est la réponse adéquate à leurs interrogations !

On constate malheureusement, dans la majorité des secteurs, un manque de diversité sociale parmi les candidat(e)s. Orientation Durable travaille notamment avec Unis-Cité et le laboratoire de l’ESS sur des actions concrètes pour remédier à cette situation. De nombreuses catégories de la population demeurent éloignées de ce marché. Comme le dit souvent Tarik Ghezali, le fondateur du Mouvement des entrepreneurs sociaux (MOUVES) : « Il est compliqué de changer une société à laquelle on ne ressemble pas ».

 

Quelles sont les qualités requises pour travailler dans ces deux domaines ? La volonté de donner du sens à son travail, qui revient souvent dans les récits de reconversion, est-elle suffisante pour se lancer ?

 P. : Les métiers associatifs, comme les autres, requièrent des compétences et des aptitudes spécifiques préalables, que la seule bonne volonté et la recherche de sens ne sauraient remplacer. Mais il est aussi important pour le salarié, comme pour la structure qui l’engage, qu’il puisse s’approprier le projet associatif. Par ailleurs, il est indispensable de bien saisir les spécificités de ce modèle, si particulier, où salarié(e)s et bénévoles travaillent ensemble.

J-P. T. : Je suis ravi que Frédérique souligne cette dualité entre les compétences et le sens. La recherche d’emploi de nombreux(ses) candidat(e)s souffre de cette erreur d’analyse. Beaucoup se concentrent uniquement sur les valeurs de leurs employeurs potentiels, avec le fol espoir d’échapper à tous les défauts qu’ils trouvent à leur poste actuel. Mais on ne le répète jamais assez : le sens n’est pas un métier !

 

Comment choisir son secteur d’activité et éviter de se tromper ?

 P. : Il est important de dépasser les représentations communes sur un secteur d’activité ou une organisation et de s’intéresser concrètement à ses activités et aux exigences qui y sont liées. Les entretiens de recrutement sont, comme ailleurs, déterminants. Ils nécessitent une préparation minutieuse et la plus grande sincérité possible entre les deux parties

J-P. T. : Il est indispensable de se poser au moins deux questions. D’abord, indépendamment du sens, quel est le métier que j’aime pratiquer ? Dans quelles compétences puis-je m’épanouir ? La créativité, l’audit, le management ou l’organisation ? Très concrètement, si un(e) professionnel(le) n’aime pas la comptabilité, le faire pour une association ne sera jamais une solution. La deuxième question c’est : quelles sont mes valeurs profondes ? L’idée c’est de repérer, une fois la fonction métier bien déterminée, les structures où on peut l’exercer au service d’une cause chère à nos yeux.

 

Pour aller plus loin

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