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Qu’est-ce qu’on attend ? : le dernier cri du cœur de Marie-Monique Robin

ENVIRONNEMENT Interview

Une enfance à la campagne, des études en journalisme et un goût prononcé pour les voyages, voilà de quoi se nourrit le travail de Marie-Monique Robin, dont les films interpellent depuis près de trente ans. Sans oublier son leitmotiv principal : poser les questions que tout le monde préfère éviter. Que contiennent nos assiettes ? Quelles sont les conséquences de l’agriculture intensive ? Peut-on produire autrement ? Les réponses suscitent la peur mais portent aussi leur lot d’espoirs, comme dans son dernier documentaire, Qu’est ce qu’on attend, ou l’histoire d’un petit village d’Alsace dont les habitants dessinent un nouveau monde. Rencontre.

 

Comment expliquez-vous que l’écologie soit si présente dans vos enquêtes ?

 C’est une évidence pour moi. J’ai grandi dans un milieu agricole et j’ai toujours eu un intérêt prononcé pour la terre. C’est donc un sujet familier mais également universel. C’est devenu un problème mondial, qui concerne aussi le domaine des droits de l’Homme. Il s’agit de choix fondamentaux pour l’avenir, qui ont un effet sur la santé des populations et déterminent, à long terme, la survie de l’humanité. Certaines pratiques de grands groupes industriels peuvent être désastreuses pour les sols et les nappes phréatiques, mais échappent pourtant à toute contrainte légale. J’y reviendrai dans mon prochain long-métrage, Le juge et l’herbicide, qui traitera notamment du tribunal citoyen qui s’était constitué, en octobre 2016, à La Haye (Pays-Bas). Cet évènement, dont j’étais la marraine, visait notamment à promouvoir la reconnaissance du crime contre les écosystèmes, ou écocide, par le droit international, au même titre que le crime contre l’humanité par exemple. Leur avis n’est que consultatif mais il pourrait servir de base légale à des avocats, partout dans le monde, en vue de qualifier certaines pratiques industrielles d’ « écocides ».

 

Malgré le constat désarmant que dressent vos films quant à l’état de notre monde, vous mettez en valeur, depuis plusieurs années, les solutions possibles pour sortir d’un tel engrenage. Pourquoi ce passage de la dénonciation à la recherche d’alternatives ?

 J’ai choisi le métier de journaliste pour changer le monde. Quand j’ai débuté, je pensais que j’avais l’éternité devant moi. Ce n’est pas le cas. Au XXIème siècle, nous sommes confrontés à des défis sans précédent : le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources, l’extinction de la biodiversité, la progression des inégalités. Face à l’urgence, je pense qu’il ne suffit plus de soutenir les lanceurs d’alerte, mais qu’il faut aussi soutenir ceux que j’appelle « les lanceurs d’avenir », ceux et celles qui montrent qu’on peut faire autrement, ici et maintenant. J’ai compris qu’il fallait aller au-delà des enquêtes à charge et donner une visibilité plus importante aux citoyen(ne)s qui inventent, en ce moment même, un autre modèle, en développant une multitude d’initiatives au niveau local.

 

C’est cette ambition qui vous a conduit à Ungersheim. Comment fonctionne ce singulier village ?

En 2014, j’ai sorti un film et un livre intitulés Sacrée croissance !, qui montraient des initiatives abouties de transition agricole, énergétique et économique aux quatre coins du monde. C’est en présentant ce film en Alsace que j’ai rencontré Jean-Claude Mensch, le maire de Ungersheim, qui m’a dit : « Tout ce que vous montrez dans votre film, nous le faisons déjà ! » C’était vexant ! La municipalité de ce village alsacien de 2200 habitants porte un projet de transition écologique global, depuis 2008. Une part significative de la population (20% à 30%) y participe activement. Ils viennent d’horizons divers et se retrouvent autour de trois objectifs fédérateurs : assurer l’autonomie intellectuelle, alimentaire et énergétique de la localité. Cela signifie qu’ils se réunissent et réfléchissent ensemble, sans intervention extérieure, aux moyens d’amener Ungersheim vers l’autosuffisance. Dans cette perspective, ils ont, entre autres, développé leur propre monnaie (le radis), bâti une ferme urbaine, cultivé un jardin de cocagne, monté une régie agricole municipale (exploitation maraîchère sur un terrain communal utilisée pour la restauration locale), converti la cantine scolaire au 100% bio… Leur autonomie énergétique est déjà une réalité, grâce à la plus grande centrale solaire d’Alsace et à des éoliennes. Et l’impact financier et social est largement positif : les impôts locaux n’ont pas augmenté, les frais de fonctionnement de la mairie sont en baisse, tandis que 100 emplois ont été crées depuis le lancement du projet. J’ai tourné sur place pendant un an, pour bien saisir le fonctionnement d’Ungersheim et surtout recueillir le témoignage de ses habitants, qui accomplissent collectivement une véritable prouesse : prouver, par l’exemple, qu’un autre monde est possible.

 

Pour aller plus loin

Le site de Marie-Monique Robin

M2R Films

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