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Territoires zéro chômeur de longue durée : aux grands maux les grandes idées

SOCIÉTÉ Portrait

Le 29 février 2016, l’Assemblée nationale et le Sénat adoptaient, à l’unanimité, la proposition de loi du député Laurent Grandguillaume, visant à permettre l’expérimentation de Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD). Un dispositif audacieux qui offre de nouvelles perspectives face à un mal endémique.

L’emploi est la première préoccupation des Français. Dans un pays qui compte 3,5 millions de chômeurs dont 2,4 de longue durée (en recherche depuis plus d’un an), la sortie du monde du travail apparaît comme une menace constante. Face à ce défi, le mouvement ATD Quart monde s’est engagé en 2010 dans une entreprise novatrice, dont l’objectif affiché est de rapprocher l’offre de la demande sur le marché du travail. Sa présidente, Claire Hédon, évoque les deux constats majeurs qui ont motivé cette initiative : « Notre projet-pilote, mis en œuvre dès 2002, « Travailler et Apprendre Ensemble », nous a appris que personne n’est inemployable dans le cadre d’un management respectueux et qu’il est plus économique pour la société de mettre les gens en emploi. » Les efforts de l’organisation portent leurs fruits en 2016, avec la création de l’association Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), fondée en commun avec Emmaüs France, la Fédération des acteurs de la solidarité, le Pacte civique et le Secours catholique (tous membres de droit de son conseil d’administration avec ATD Quart monde).

 

Pas de dépenses supplémentaires pour le contribuable

L’idée est simple : les villes volontaires se trouvant dans la zone définie accueillent une entreprise créée ex-nihilo, à But d’Emploi (EBE), qui garantit un CDI rémunéré au SMIC à l’ensemble des chômeurs longue durée de la localité, dans des métiers d’utilité publique. Des entreprises existantes peuvent aussi demander à accueillir des chômeurs du territoire dans ce cadre (si elle s’intègre dans l’économie solidaire et sociale). Le système est directement financé par le coût de prise en charge des employés lorsqu’ils étaient au chômage, à travers un fonds national d’expérimentation (pour 70% du SMIC des salariés environ). Il s’agit donc d’utiliser l’argent dédié aux indemnisations pour créer directement des emplois. Ainsi, l’opération est sans douleur pour le contribuable, elle n’exige pas un euro supplémentaire de sa part. Une fois la proposition validée par l’appareil législatif, l’association a pu déployer ce plan sur les premiers territoires concernés. Pour le député Laurent Grandguillaume, son président, elle agit comme un garde-fou : « C’est une sorte de comité de vigilance qui suit l’application de la loi que nous avons portée. On veille à ce que son sens profond soit respecté : initiative territoriale et consensus des autorités locales. » Il s’agit ni plus ni moins de renverser la logique descendante qui prévaut traditionnellement dans la lutte contre le chômage : partir des besoins réels non satisfaits et les mettre en adéquation avec les compétences de chacun.

Miser sur le local

Au fur et à mesure, les équipes se professionnalisent, appuyées par des partenaires solides : « Notre base est bénévole : experts, citoyens, chômeurs de longue durée, associations, entrepreneurs, élus locaux, acteurs du service public… Mais nous avons aussi besoin de soutiens extérieurs, comme la Fondation de France qui nous permet de pouvoir faire grandir notre équipe et d’accompagner les porteurs de projet sur le terrain. Nous espérons d’autres partenariats de ce type. » Le dispositif s’appuie sur les savoir-faire et les aspirations des chômeurs dans des domaines variés (recyclage, animation, service à la personne, agriculture…) et n’entre pas en compétition avec le tissu des entreprises locales. Surtout, il permet à des zones rurales déshéritées de retrouver une certaine vitalité, là où l’isolement et la désertion rendent le chômage d’autant plus insupportable. Une dimension importante dans l’esprit de Claire Hédon et du mouvement initiateur, ATD Quart monde : « Nous avons misé sur l’intelligence collective des territoires. Partout, il y a des besoins utiles au bien-vivre des habitants qui sont non satisfaits par les entreprises classiques. La maîtrise économique du projet passant aussi par une responsabilisation des acteurs de terrain, nous avons choisi de nous limiter à de petits territoires, tant en termes de personnes que d’activités. » 

Une croissance remarquable

De nouvelles entreprises à but d’emploi ont ouvert leurs portes sur neuf des dix territoires habilités en novembre 2016 et plus de 200 personnes y ont déjà signé un CDI. Séduites par l’initiative, des dizaines de villes ont déposé des dossiers de candidature, partout en France. De quoi réjouir Laurent Grandguillaume : « Les villes de Marseille et de Boulogne-sur-Mer nous ont rejoints. Une ville dirigée par la droite, l’autre par la gauche, cela démontre que nous pouvons unir au-delà des clivages. Nous sommes très sollicités et nous nous rendrons prochainement en Bretagne, en Occitanie, en Corse… » Une progression fulgurante qui doit aboutir à la préparation d’une centaine de territoires et servir l’objectif ultime de l’association, après cette phase expérimentale qui s’achèvera en 2021 : « Le but, c’est de se trouver en position de force pour défendre l’idée d’une seconde loi qui créera un droit d’option pour tous les territoires volontaires, d’ici trois ans. C’est ambitieux mais nous le sommes aussi. Nous l’avons prouvé avec la première loi. »

Sur-motivé, le président député est d’ailleurs sur le point d’abandonner son siège au Palais Bourbon pour vivre pleinement l’aventure : « Je retourne à la vie professionnelle et j’aurai donc plus de temps à consacrer à mon rôle de président bénévole, aux côtés des fondateurs et dirigeants historiques : Patrick Valentin, Michel de Virville et Louis Gallois (dans l’ordre, l’inventeur du dispositif, le vice-président du fonds d’expérimentation territoriale contre le chômage de longue durée et son président). Mes connaissances du parlement et de la fabrique de la loi seront un atout précieux pour faire avancer notre cause. »

 

Depuis septembre 2016, ATD Quart Monde est bénéficiaire des dons générés par le Livret Agir du Crédit Coopératif.

 

Pour aller plus loin :

Découvrez l’action à l’échelle d’un territoire

 

Écouter l’émission de France Inter du 30 avril 2017 sur le sujet en cliquant ci-dessous.

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