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Universités d’Été de l’Économie de Demain : les 5 verbatims à retenir de la conférence urgence écologique et sociale

ENVIRONNEMENT Article


Les Universités d’Été de l’Économie de Demain (#UEED), organisées par le collectif #NousSommesDemain, se sont tenues les 3 et 4 septembre 2019 à Paris et ont abouti à l’élaboration de 12 actions concrètes pour transformer et prendre part à la transition sociale et écologique, au travers de quatre piliers : l’impact social, l’impact environnemental, le partage des richesses, le partage du pouvoir. Dirigeants d’entreprises de l’ESS, banquiers, assureurs, dirigeants d’ONG étaient réunis à l’UEED pour échanger et débattre autour de  la question : urgence sociale et écologique, les entreprises à impact sont-elles la solution ? Retrouvez 5 prises de parole phares.

 

1 – « Les entreprises voulant s’engager dans une transition écologique et sociale doivent allier rationalité dans la complexité du réel et radicalité en défendant leur conviction. »
Jérôme Saddier, vice-président délégué du Crédit Coopératif et d’ESS France.

 

Selon Jérôme Saddier, l’économie est omniprésente dans notre société mais les acteurs de celle-ci sont trop peu impliqués dans leurs responsabilités face à la croissance des inégalités et du changement climatique. Cependant, demain les entreprises qui n’auront pas engagé une sérieuse transition écologique et sociale, ou qui auront pris des engagements à des fins publicitaires sans les tenir, seront sans doute condamnées : plus personne ne voudra travailler pour elles, consommer leurs produits et même peut-être les États ne voudront-ils plus les accueillir sur leur sol.

Il y a plusieurs futurs possibles mais un seul est souhaitable, et l’économie sociale et solidaire peut en être le socle, car elle doit être la norme souhaitable de l’économie de demain.


Depuis plus d’un siècle et avec un certain succès, le projet politique de l’ESS est de démocratiser l’économie dans son fonctionnement et ses finalités. Elle constitue un mode entrepreneurial spécifique collectif et à but non lucratif dont les principes d’action peuvent orienter différemment les entreprises, notamment en ce qui concerne l’intégration de leur impact social au cœur même de leur modèle économique.

Il y a un mouvement certain d’acteurs économiques volontaires pour s’engager dans la résolution des grands problèmes sociaux et environnementaux, mais cela suppose des arbitrages complexes et même inhabituels dans le fonctionnement classique du monde de l’entreprise. 

Le rôle du pouvoir politique est de favoriser l’arbitrage de cette complexité, en donnant aux entreprises un cadre d’action ; c’est le sens de la loi Pacte avec la possibilité de se doter d’un objet social étendu et de se définir comme « entreprise à mission ». L’enjeu est désormais de s’assurer que ce dispositif permet la cohérence entre le discours et les actions engagées.

 

2 – « L’entreprise est moteur pour changer le monde. Mais c’est avant tout le changement d’exigence des clients, des salariés et des actionnaires qui va initier ce mouvement. La société doit avoir une vraie prise de conscience. »
Jean-Marc Borello, président du directoire du Groupe SOS

 

Selon Jean-Marc Borello, la pression exercée sur les entreprises par leurs parties prenantes, afin de changer le monde, sera telle qu’elles le feront naturellement pour leur propre pérennité.

Grâce aux évolutions du droit commun (loi ESS de 2014, statut d’entreprise à mission de la loi PACTE de 2019), cela est juridiquement possible. Elles permettent aux entreprises de mettre au cœur de leur mission une raison d’être et d’être reconnues pour leur engagement  sociétal.

Mais au-delà du cadre réglementaire, l’existence d’un bilan économique, social et environnemental est fondamentale.
L’impact économique d’une entreprise est évalué grâce au bilan comptable. Un instrument de mesure similaire doit exister afin de pouvoir évaluer et comparer de manière objective le bilan environnemental et social de toute organisation. Fort de celui-ci, les parties prenantes (clients, collaborateurs et épargnants) pourront agir en toute connaissance de cause. Ce système de mesure embarquera l’ensemble de l’économie. Une nécessité absolue car il n’y a pas d’alternative possible.

 

3 – « Pourquoi inégalités et climat sont liés ? Car les 10% les plus riches de la planète sont responsables d’environ 50% des émissions mondiales de C02, et que les 50% les plus pauvres n’émettent au total que 10% des gaz à effet de serre. Les entreprises de demain ont l’impératif de répondre à l’urgence sociale et écologique. » 
Cécile Duflot, directrice générale d’OXFAM France

 

Selon Cécile Duflot, nous avons atteint la limite physique de notre modèle économique de croissance, car les matières premières ne sont pas infinies. Les humains et la planète ne peuvent compter dessus pour assurer leur futur. L’impact actuel de ce système, à bout de souffle, creuse encore davantage le fossé des inégalités et accentue la pauvreté des plus fragiles. La vision économique court-termiste au profit de la compétition et au détriment de la coopération humaine est la cause des inégalités sociales et de l’urgence climatique actuelle.

Les entreprises sont l’un des leviers du collectif humain dans lequel nous évoluons, non seulement sur l’aspect financier, mais aussi sur la dimension de statut social et le rôle émancipateur pour les femmes. Ainsi, leur pouvoir d’action et d’influence est clé pour faire évoluer notre société. Par la même, elles entraîneront avec elles leur écosystème. Elles évolueront sous la contrainte de leurs parties prenantes et sous l’action du régulateur.

A titre d’exemple, les entreprises bancaires doivent endosser leurs responsabilités et contribuer à ce changement. En effet, les actifs bancaires en Europe sont de 31 000 milliards d’euros. En comparaison, l’Europe aurait besoin de 1 115 milliards d’euros pour engager le continent vers une réduction de 40% des gaz à effet de serre, soit 3% de l’argent disponible.

 

4 – « Il faut des indicateurs puissants et précis pour avancer dans la lutte contre les inégalités. »
Mathias Vicherat, secrétaire général de Danone

 

Selon Mathias Vicherat, la question de la répartition des inégalités est clé dans la transition économique à engager.

Ainsi, les entreprises doivent prendre en main leur responsabilité sociétale, car nous n’avons plus le choix. Si l’Entreprise décide de ne pas d’agir contre les inégalités et contre les problèmes environnementaux, le système s’effondrera. Elles le feront soit avec leur conscience éthique et de manière anticipée, soit à marche forcée par la force de la crise.

Pour comparer des éléments comparables, la question de la mesure et des indicateurs est essentielle. Nous devons nous doter d’un outil de mesure universel qui s’inscrira durablement dans les organisations. Les indicateurs doivent être partagés, éprouvés. Dans ce sens, une initiative montre la voie en proposant un outil aux entreprises afin d’évaluer leur état d’avancement dans l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU.

La logique de demain pour l’impact social est de pouvoir mixer les finances publiques et privées qui, ensemble, travaillent à des modèles de lutte contre les inégalités sur la base d’indicateurs très significatifs et très puissants.

 

5 – « Les entreprises doivent avoir un intérêt à opérer une transition. Pour cela, il est impératif que les consommateurs et les épargnants soient informés de l’impact de leur acte d’achat, et changent leurs habitudes. »
Pascal Demurger, directeur général de la MAIF

 

Selon Pascal Demurger, il n’y aura pas de changement majeur si les entreprises n’y contribuent pas très fortement. Ma conviction est que les entreprises n’auront pas le choix car il y a une attente sociale de plus en plus forte de la part des salariés en quête de sens, des clients dans leur acte de consommation, des épargnants dans leur choix de placement de leur argent.

Ainsi, chaque partie prenante enjoint les entreprises à réagir et à identifier leurs contributions positives à la société.

Les externalités positives du déploiement d’une telle stratégie au cœur de l’activité de l’entreprise sont sources de performance, et vont bien au-delà de la mise en place d’une stratégie de RSE*. Par ailleurs, l’Etat doit avancer de concert avec les entreprises. Je suis convaincue que l’entreprise du 21ème siècle sera politique ou ne sera plus.

 

 

Le Collectif #NousSommesDemain veut dynamiser l’engagement

Le Collectif #NousSommesDemain, formé en août 2018 et initié par le MOUVES (Mouvement des entrepreneurs sociaux), rassemble les organisations qui ont pour ambition d’accélérer la dynamique d’engagement de l’ensemble des entreprises françaises dans la transition sociale et écologique.

 

Retrouvez la tribune du collectif intitulée Entreprises, il est temps de passer de la parole aux actes ! signée par près de 50 organisations pour une économie durable.

* responsabilité sociale des entreprises

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