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Dadou Moano, réfugié, entrepreneur à la sortie de Refugeeks

INNOVATION SOCIALE

Originaire de République Démocratique du Congo (RDC), Dadou Moano est arrivé en France depuis moins de 5 ans. Après un bac+5 en relations internationales en RDC, il travaille d’abord dans le secteur du Coltan (colombo-tantalite), le minerai indispensable à la fabrication des objets liés au numérique.

Obligé de quitter son pays pour des raisons politiques, il arrive en France et vit le quotidien dramatique des réfugiés clandestins, dort dehors, ne parvient pas à faire reconnaître ses diplômes en France…

Dans l’attente de sa régularisation, Dadou Moano devient bénévole au Secours Catholique, pour lequel il devient consultant Afrique dans une antenne locale, puis conçoit un parcours de découverte de la France pour les demandeurs d’asile. L’alchimie se produit depuis sa ville d’accueil Bourges, ville de Jacques Coeur dans le Berry, il est régularisé, monte à Paris où il est embauché par un opérateur téléphonique . Le déracinement et la pression le mène au bout de 3 ans au burn out.

Se pose alors la question : « comment travailler dans un secteur valorisant et m’épanouir en tant que migrant ? »

Question : qu’est-ce qui vous a amené à intégrer le parcours Refugeeks de la Fondation Simplon ?

A priori, la formation Refugeeks pouvait ressembler à une arnaque : une formation au numérique de 6 mois, gratuite, et dédiée aux réfugiés ! En fait, nous devions passer un test. Sur les 300 candidats, 30 ont été retenus et nous avons bénéficié d’une formation extraordinaire : gestion de projet numérique, workflow, design, initiation à la robotique, cours d’anglais et même visites d’événements numériques.

En parallèle, on nous a demandé d’animer des initiations au numérique dans des écoles, collèges, et lycées, à savoir vulgariser notre connaissance et la partager. Le tout dans un contexte de mixité sociale, avec des personnes d’origines différentes, parfois en situation de handicap, et surtout des hommes et femmes ensemble – ce qui est souvent rare en Afrique et dans le monde professionnel français.

Derrière le codage informatique, j’ai ainsi découvert le monde du numérique, avec ses codes, ses métiers, ses enjeux, bref tout un univers.

 

Question : Comment vous est venue l’idée de créer l’association RefuHelp ?

En tant que migrant, j’avais depuis longtemps envie de proposer des réponses concrètes aux réfugiés. Car souvent, ils sont exclus de la construction des solutions qui leur sont destinés par les accueillants.

Je voulais aussi renverser l’imaginaire collectif qui pense que les réfugiés ne font que demander de l’accompagnement. Je voulais valoriser le fait qu’ils viennent avec des compétences, même dans des secteurs nouveaux, et la capacité de s’intégrer. Je voulais mettre en avant qu’ils sont porteurs de solutions à des problématiques de la société, en proposant par exemple des formations au numérique dans les écoles.

A la fin des 6 mois du programme Refugeeks, j’ai participé avec mes collègues à un hackathon sur le thème des réfugiés et les technologies. Notre projet a été retenu et nous avons remporté le 1er prix, ce qui nous a donné accès à du mentoring et permis d’entrer dans un programme d’accompagnement des entrepreneurs migrants, le MENT.

C’est ainsi qu’a démarré notre association RefuHelp, qui développe son tout premier projet, une plateforme numérique d’informations essentielles pour les migrants qui, au travers de pictogrammes simples à comprendre, donne des adresses pour les démarches administratives, l’accès au logement, la santé….

Parallèlement à notre participation dans les écoles et collèges, nous avons développé des formules d’initiations aux outils du numérique pour les réfugiés dans les centres d’hébergement. Car il est primordial pour nous de donner l’opportunité aux jeunes d’accéder à une vie décente par les métiers du numérique.

L’association a aussi développé un service de conseils aux entreprises pour les accompagner dans leur souhait de mener des actions en faveur des migrants.

Sans le programme Refugeeks, qui nous a donné les moyens techniques pour nous lancer, nous n’aurions pu créer RefuHelp l’an dernier.

Aujourd’hui, l’association compte 8 personnes, dont 2 salariés. Et elle a déjà permis d’initier 500 élèves au codage numérique, à raison de 3 à 4 classes par jour, et près d’une centaine des migrants. Elle a développé des activités de conseils rémunératrices, et bénéficie de subventions et de mécénat. La prochaine étape sera de mettre en place les mesures d’impact de ses activités.

 

Question : comment voyez-vous l’avenir ?

L’avenir est prometteur, comme le code informatique ! RefuHelp bénéficie de bonnes perspectives de développement, avec de nouveaux partenariats et de nouvelles collaborations, dans le but de s’occuper à la fois de l’insertion des réfugiés mais aussi de l’accompagnement des personnes éloignées du numérique. Et ceci est d’autant plus important que la Loi française vers la simplification va vers le tout numérique et de nombreuses personnes doivent être aidées dans le cadre de cette transition.

De plus, nous sommes régulièrement sollicités pour réfléchir aux possibilités d’intégration des réfugiés, comme par exemple au Medef dans le cadre de l’entrepreneuriat des profils atypiques, le livre « 60 idées pour Emmanuel Macron » publié aux éditions Nouveaux Débats Publics, ou encore le Forum Convergences. Et nous souhaitons, comme je vous le disais, faire évoluer positivement la vie et l’image des réfugiés.

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