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Le réseau Utopia : agir pour repenser la société, ce n’est pas que du cinéma…

COOPÉRATIVE Portrait

Imaginée à Avignon dans les années 70 par deux passionnés de cinéma engagé, l’idée des cinémas Utopia a dû prendre son temps pour se propager à d’autres villes (Bordeaux, Toulouse ou Montpellier notamment). Aujourd’hui, ce réseau de salles indépendantes enregistrant plus de 23 millions de spectateurs depuis sa création est devenu un marqueur culturel de choix localement et dans l’écosystème cinématographique français. L’objectif : faire des salles de cinéma des lieux de vie et d’échanges où la Culture permet de faire bouger les lignes et les regards.

 

L’idée originale d’Anne-Marie Faucon et de Michel Malacarnet, à l’époque infirmière et étudiant, s’inscrivait bien dans leur temps : faire du cinéma un moyen de sortir d’un quotidien lourd et réfléchir sur l’évolution de la société. Elle le reste encore aujourd’hui grâce à une programmation exigeante et indépendante, proposée dans des espaces à part et permettant rencontres et débats d’idées. Un exemple tout récent montre comment à partir du film Corporate de Nicolas Sirhol (sorti en salle le 5 avril dernier), les spectateurs en sont venus à débattre de la souffrance au travail et de sa valeur, sujets d’actualité dans ce contexte d’élections  présidentielles.

Pour Anne-Marie Faucon, « Dire que les débuts d’Utopia ont été économiquement difficiles est un euphémisme et notre survie pendant 20 ans n’a été due, qu’au soutien très actif de spectateurs nombreux et à quelques miracles… Il a fallu qu’en 1992, une jeune directrice du Crédit Coopératif d’Avignon, férue de culture et de cinéma, vienne nous inciter à ouvrir un compte dans l’agence locale, pour qu’on découvre que dans l’univers bancaire, il existait des alternatives et des gens pour soutenir des projets qui sortaient du cadre…et que tout devenait possible et viable. Toutes les salles d’Utopia accompagnées par le Crédit Coopératif et l’Ifcic [ndlr : Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles] se sont construites en s’appuyant sur ce formidable système qu’est le fond de soutien à l’industrie cinématographique. On veut – et on réussit– ainsi à ne recevoir aucune subvention de fonctionnement par les collectivités locales. Comme quoi, on peut utiliser des ressorts marketing de manière intelligente et garder cette exigence qui fait de notre programmation une vraie marque de fabrique ».

En 2007, fort du label « Arts et Essai » (« bien qu’on ne cherche pas de label mais juste à faire aimer le cinéma ! » précise Anne-Marie), Utopia lance avec d’autres salles l’association « Indépendants Solidaires et Fédérés », un réseau qui promeut une diversité des programmations et une indépendance économique comme éditoriale face aux grands multiplex et aux politiques culturelles municipales.

L’ambition reste toujours de proposer un cinéma résolument à visage humain, provoquant l’échange et l’expression d’opinions entre amateurs éclairés ou non. Dans un contexte où la diffusion des œuvres au public passe de plus en plus par la dématérialisation, les chantiers d’Utopia restent nombreux.

Aujourd’hui, par souci de cohérence, le contenant (le lieu) se transforme, se modernise et devient aussi engagé que le contenu (les œuvres). C’est ainsi que les cinémas Utopia s’intéressent au modèle coopératif via la SCOP, pour consolider cette envie de communauté de pensée et d’intérêt. Ils lancent un appel à tous ceux qui veulent les aider à se développer…

 

Zoom sur une initiative d’Utopia : l’offre des « Vidéos en Poche » (VEP) 

Ce système, proposé dans une douzaine de salles en France, permet de télécharger pour 5€ par film, sur une clé USB les œuvres de son choix parmi le catalogue proposé par VEP. C’est ainsi l’occasion de donner une seconde vie à des films qui ont dû sortir de la programmation des salles et/ou des radars médias et rétribuer de manière plus justes les distributeurs.  Début 2016, le catalogue proposait plus de 150 œuvres. Pour ses créateurs, Vidéos en Poche est une solution à des législations mal comprises (telle qu’Hadopi) et apporte une réponse aux questions posées par notre époque sur les échanges culturels et la rémunération de la création.

 

Pour aller plus loin :

Olivier Alexandre, Utopia – A la recherche d’un cinéma alternatif, Coll. Logiques sociales, L’Harmattan, Paris, 2007.

Guillaud Lara, Utopia, l’utopie comme alternative. Enjeux d’un circuit d’exploitation indépendant, revue Archives n° 57, institut Jean Vigo, Perpignan, cinémathèque de Toulouse, janvier 1994.

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