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Les mesures d'impact social, kézako ?

ÉCONOMIE Analyse

Le Baromètre de la mesure de l’impact social de KPMG de 2017 montre que 40% des acteurs de l’ESS déclarent mener des démarches de mesure d’impact social. Mais que trouve-t-on derrière ce terme de mesure d’impact ? Un concept à la mode ? Un outil de reporting ? Un atout pour se développer ?

 Selon le LEED (programme de développement économique et de création d’emplois locaux) de l’OCDE, « la mesure de l’impact social vise à évaluer la valeur sociale et l’incidence des activités ou des opérations de toute organisation à but lucratif ou non lucratif. » L’évaluation de l’impact social est ainsi composée de quatre éléments :

  1. la valeur créée grâce à une activité,
  2. la valeur constatée par le bénéficiaire de l’activité,
  3. les impacts à la fois positifs et négatifs sur la communauté,
  4. l’impact jugé par rapport à la situation sans l’activité proposée.

 

Pourquoi mesurer l’impact social d’une activité ?

La mesure d’impact peut avoir de multiples vertus. Elle permet en premier lieu de vérifier qu’un projet nouveau fonctionne efficacement sur son public, et si besoin de détecter des pistes d’amélioration pour approfondir le rendu de la démarche. Par son discours de preuve, elle peut fidéliser des investisseurs et donateurs, ou apporter des arguments positifs dans le cadre d’une levée de fonds. Elle peut contribuer à augmenter la sensibilisation du grand public sur un enjeu social et accroître la visibilité de l’action mise en place. Enfin, ces mesures d’impact sont un outil de reconnaissance et un moyen efficace de communiquer auprès de toutes les parties prenantes du projet.

 

Un processus en cinq étapes

Pour mener à bien cette mesure, le GECES propose un processus en 5 étapes. Tout d’abord, il s’agit d’identifier les objectifs de son étude, puis les parties prenantes. Il faut ensuite définir des mesures pertinentes. On peut alors mesurer, valider et évaluer. Enfin, un rapport est établi pour apprendre et améliorer l’activité socialement.

 

Attention aux concepts flous

Mais pour mesurer un impact social, encore faut-il déterminer ce qui relève de l’utilité sociale. Or, celle-ci ne peut être définie de manière standardisée. Par exemple, l’implantation d’une boulangerie sur la place principale d’une grande ville ne relève pas de l’utilité sociale. Mais l’implantation d’une boulangerie équivalente dans un village isolé et sans commerce, aura un impact social dans la mesure où elle pourra redynamiser un territoire et créer du lien social. De plus, la perception de l’utilité sociale peut-être vue différemment en fonction de groupes et d’individus, de contextes, de périodes et de lieux. Lors d’une campagne de promotion des préservatifs, certains y verront un moyen de lutter contre le SIDA, d’autres un moyen de lutter contre la vie… Par conséquent, l’utilité sociale se détermine le plus souvent au cas par cas. Elle dépend des valeurs, des finalités attendues et des motivations portées par un groupe de personnes. A partir d’un consensus établi au sein de ce groupe, ses membres peuvent alors co-construire leur méthode de calcul d’impact.

 

Impact ou résultats ?

Attention, il n’est pas rare de mélanger le concept d’impact social avec celui de résultats. Pour éclairer le débat, l’Agence Française de Développement (AFD) donne un exemple très éclairant : la construction d’écoles correspond à la réalisation d’un projet social, le nombre d’enfants scolarisés en est le résultat, et c’est l’augmentation du taux d’alphabétisation qui correspond à son impact social. Autrement dit, le résultat est un élément tangible qui fait suite à une action menée, il permet d’effectuer un suivi des moyens alloués dans le cadre d’un « reporting ». L’impact social est un effet de causalité qui apporte un changement à la société. Il peut être déterminé en comparant des situations avant et après l’action (voire en comparant une population bénéficiaire à une population témoin comparable).

 

Des écueils à éviter

Pour qu’une mesure d’impact soit efficace, il faut qu’elle se concentre sur un nombre réduit d’indicateurs. Ces données doivent être aisément collectées, respecter la singularité du projet et conserver leur caractère pédagogique.

 

Des obstacles à franchir

Des freins peuvent venir empêcher la mise en place de mesures d’impact social. On peut ainsi devoir faire face à des freins stratégiques (pour un dirigeant qui n’en verrait pas l’utilité), des freins politiques (si les indicateurs sont détournés au service d’une recherche de performance financière à court terme), ou par méconnaissance des avantages de ces démarches (qui sont une charge pour la structure).

 

Qui peut mesurer l’impact ?

L’impact peut se calculer à plusieurs niveaux. Il peut être évalué en interne de manière empirique, par ressenti et par expérience, ou en créant ses propres indicateurs. Il peut aussi faire l’objet d’une étude par des professionnels en s’appuyant sur des méthodes externes formalisées ou par des chercheurs pour une étude plus scientifique.

 

Quelle que soit la mesure de l’impact social, elle a pour atout de montrer la richesse d’un écosystème en évaluant un projet, mais aussi les apports qu’il offre à ses parties prenantes. Avec ses capacités de générer des informations approfondies pour la conduite de l’activité sociale, la mesure d’impact présente également cette qualité d’être un outil de preuve, de reconnaissance, de pédagogie et de communication au sens large. Elle donne à la structure qui mène le projet l’opportunité de se rendre visible et de donner une base pour une discussion efficace et créatrice de liens au sein de sa communauté. Elle permet d’élever le débat au-delà de considérations budgétaires et financières.

 

 

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